A la tête de ces immigrés vient la communauté algérienne estimée à environ deux millions selon les dernières statistiques de 2010, sans prendre en compte les Français d’origine maghrébine donc musulmans dans leur grande majorité.

Certains titres de presse ont aussitôt mis l’accent sur les origines algériennes de Merah, fidèles au bon vieux réflexe dès lors qu’il s’agit d’une information rapportant un crime ou une attaque commis par des jeunes de banlieues.

La formule étant toute prête:« Un incident a lieu perpétré par des jeunes d’origine maghrébine ou algérienne». La référence aux origines des suspects qui enfreignent la loi, ne s’applique pas si les personnes impliquées étaient d’origine arménienne, portugaise, espagnole ou même juive.

Si, en revanche, un jeune arabe ou africain est à l’origine d’un exploit ou d’un quelconque acte positif, il devient Français tout court.

Les crimes de Toulouse et Montauban puisent leur spécificité ô combien douloureuse, dans le contexte électoral que vit la France actuellement.

A quelques semaines du premier tour du scrutin présidentiel, les candidats, chacun à sa manière, ne ménagent aucun effort pour gagner la sympathie des électeurs. D’où la peur d’une instrumentalisation de ce qui s’est passé pour monter dans les sondages et capitaliser les voix le jour du vote. Même s’il faut reconnaître que les candidats dans leur majorité ont fait preuve d’un certain esprit de responsabilité.

Ceci dit, les musulmans de France, citoyens ou immigrés, seront-ils à l’abri des répercussions des événements de Toulouse ?

Pas sûr. La mise en exergue du mobile djihadiste de Mohamed Merah rend difficile pour le peuple français et la classe politique en particulier d’éviter l’amalgame entre l’islam comme religion et les crimes commis par ce jeune qui, rappelons-le, a également tué deux soldats de confession musulmane et pas seulement quatre juifs.

La référence à la religion des deux soldats n’a cependant pas été suffisamment mentionnée si l’on excepte la déclaration de Nicolas Sarkozy juste après la mort de Merah.

Le président français avait déclaré depuis l’Elysée «Il ne faut pas oublier que Merah a tué deux soldats musulmans »

Avant les fusillades de Toulouse et Montauban, les musulmans de France ont dû accuser le coup d’une multitude de déclarations pour le moins controversées. La dernière en date est celle du ministre de l’intérieur Claude Guéant qui lors d’un déplacement à Nancy avait lâché « Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent obligatoire la nourriture halal dans les repas des cantines".

Par cette déclaration qui a provoqué un tollé, Mr Guéant voulait justifier son refus de donner aux étrangers le droit de vote aux élections locales car si tel était le cas et avec l’appui des conseillers municipaux acquis à leur cause, ils finiront par rendre obligatoire la nourriture halal dans les cantines scolaires.

Les propos du ministre de l’intérieur français ne sont pas une exception. Son prédécesseur Brice Hortefeux avait déjà défrayé la chronique en plaisantant avec un jeune maghrébin à l’université d’été de l’UMP.

En référence à ce dernier, l’ex-ministre de l’intérieur lâche les propos suivants « il ne correspond pas du tout au prototype, il « mange du cochon et boit de la bière » avant d’ajouter « Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».

Le président Sarkozy lui-même a, à son actif du temps où il était ministre de l’intérieur, un certain nombre de déclarations qui ont marqué les esprits.

En juin 2005 et suite à la mort d’un petit garçon de onze ans de deux balles perdues en Seine Saint-Denis, le ministre de l’intérieur devenu par la suite président de la république promet de nettoyer le quartier au Kärcher: « Nettoyer au Kärcher est le terme qui s’impose, parce qu’il faut nettoyer cela » avait-il déclaré.

En octobre 2005 et au lendemain des affrontements qui ont suivi la mort de deux adolescents un d’origine africaine et l’autre d’origine maghrébine à Argenteuil en banlieue parisienne, le même ministre de l’intérieur de l’époque se rend à ce quartier sensible et se fait interpeller par une habitante.

Mr Sarkozy lâche cette phrase : « "Vous en avez assez de cette racaille, on va vous en débarrasser"

Les termes Kärcher et racaille stigmatisant une frange toute entière de la société sont devenus par la suite le symbole de la politique du tout sécuritaire prônée par Mr Sarkozy.

La communauté immigrée et musulmane a également été montrée du doigt en 2010 à travers les propos tenus par un certain Eric Zemmour. Le chroniqueur télé avait déclaré au cours d’une émission tv que: « La plupart des trafiquants sont noirs et arabes » et d’ajouter: «Comme il y a dans certains quartiers une majorité de gens qui viennent de l’immigration arabo-africaine, et c’est tout à fait normal aussi, ils vivent à leur manière. Et donc les gens minoritaires, les Français autochtones minoritaires, dès qu’ils peuvent et quand ils en ont les moyens, s’en vont. Parce que les petits vieux qui n’ont pas les moyens, ils restent là et ils sont obligés de faire des kilomètres pour trouver une boucherie qui ne soit pas halal. Justement c’est ça toute l’histoire ».

Dans ce climat tendu, la dernière chose qu’auraient voulu voir les musulmans de ce pays, qu’ils soient immigrés ou Français, c’est un incident de ce genre. Parce que ce qui s’est passé risque de justifier toutes les déclarations sus-mentionnées.

Les musulmans de France peuvent se retrouver malgré eux, en position de celui qui se défend d’être un terroriste en puissance. Après les événements de Toulouse, on peut craindre que les musulmans pratiquants ainsi que leurs familles ne se renferment sur eux même et ne taisent toute volonté de participation à la vie publique par peur d’avoir à payer pour les crimes de Mohamed Merah.

Face à ceux-là, d’autres musulmans essaieront peut-être de se démarquer de cette religion dans l’espoir de se faire accepter.

Les prémisses des répercussions des tueries de Toulouse et de Montauban commencent déjà à se faire sentir. Les autorités françaises ont en effet refusé l’entrée en France de Cheikh Youssouf el Karadhaoui pourtant titulaire d’un passeport diplomatique qatari qui l’exempte de visa.

Le cheikh avait l’intention de se rendre en France pour assister au congrès musulman annuel du Bourget.

Le président Sarkozy a dû lui-même annoncer la nouvelle en soulignant avoir personnellement informé l’émir du Qatar Cheikh Hamad Ben Khalifa al-Thani que Cheikh el Karadhaoui n’était pas le bienvenu en France.

Ce refus survient après que des voix au sein de la gauche et du FN ont dénoncé la visite annoncée et critiqué l’étroite relation entre le président Français et l’émir du Qatar.

Le Qatar qui, malgré tous les fonds injectés en France dans le domaine du football, du tourisme et même dans le capital de Total, n’a pas réussi à faire fléchir le refus français.

Ce prédicateur égypto-qatari étant perçu par Paris comme un chantre de l’islam radical dans un pays qui n’a cessé de promouvoir l’idée d’un « islam de France » chose qui n’est même pas envisageable lorsqu’il s’agit de la religion catholique ou juive.

Le rôle et la responsabilité des musulmans de France

La question méritant d'être posée est la suivante: Quelle est la part de responsabilité de la communauté musulmane, maghrébine en tête dans cet état de fait, et comment cette communauté peut-elle contribuer à changer la donne?

Pourrait-on seulement jeter la faute sur les préjugés ou faire porter la responsabilité à un environnement socio-politique hostile ?

Prenons pour exemple la communauté algérienne majoritaire, d'autant plus que l'on a aussitôt fait référence aux origines algériennes de Mohamed qui est né en France, a fréquenté des écoles françaises et grandi avec des pairs de nationalité française. Le nombre de fois où il s’est rendu en Algérie peut même ne pas dépasser les doigts d’une main.

Depuis sa plus tendre enfance, ce jeune homme était le fruit d’un noyau familial disloqué selon des rapports qui ont jeté la lumière sur certains aspects de sa courte vie.

Mohamed Merah était tiraillé entre une mère dépassée et un père absent jusqu’à ce que le couple décide de divorcer. Le père choisit alors de rentrer en Algérie laissant derrière lui une mère et des enfants face à leur destin.

La rue était un refuge pour le jeune à la personnalité fragile selon un rapport du psychologue qui l’a suivi après sa tentative de suicide lorsqu’il était en prison.

Avant sa majorité, le jeune Merah avait été condamné 15 fois d’après les déclarations du procureur de la ville de Toulouse.

L’ex-patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST) Yves Bonnet a même évoqué dans une interview à la Dépêche du Midi, l’hypothèse d’un lien entre le tueur au scooter et les services de renseignements français. Propos formellement démentis par Bernard Squarcini chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

La cerise sur le gâteau était la conférence de presse du père de Mérah qui depuis l’Algérie, a fait une déclaration pour le moins inopportune. Le père a lancé « Mon fils était quelqu’un de bien. Un musulman pratiquant désireux de connaître sa religion. Il lisait le Coran. Toutes les fois où il venait el Algérie pour me rendre visite, il lisait le Coran et ne le quittait jamais et dès qu’il entendait l’appel à la prière, il allait à la mosquée.

Que voulait-dire Mr Merah par cette déclaration ? En tenant de tels propos, ce monsieur ne fait que confirmer la thèse selon laquelle le tueur au scooter a commis ses crimes au nom du djihad et de la religion. D’où le risque que tout musulman pratiquant soit un individu suspect jusqu’à preuve du contraire.

Mérah père ne sait-il donc pas qu’il nuit à son fils et jette le discrédit sur toute une communauté et sur la religion musulmane en général ?

A ce propos, l’on aimerait ouvrir une parenthèse pour souligner le rôle du journal al-shourouk qui a mis à la disposition de Mr Merah une tribune pour faire des déclarations dont on se serait bien passé.

Emporté par la soif de réaliser un scoop ou à la recherche du sensationnel, ce journal n’a pas mesuré les répercussions de telles déclarations sur tout le monde et sans exception.

L’on aurait souhaité que Mr Merah nous raconte comment il s’était comporté avec sa femme et ses enfants avant son divorce, ne serait-ce que pour démentir tout ce qui a été rapporté par la presse.

Force est de reconnaître qu’une grande partie des jeunes d’origine maghrébine ne jouit pas de l’attention nécessaire de la part de leur parents.

A 14-15 ans à peine, Ils traînent dans la rue jusqu‘à une heure tardive de la nuit tandis que le père est plongé dans son sommeil. De jour, s’il n’est pas au café avec ses amis, on le trouve errant sur la place publique, ne sachant quoi faire de son temps.

La mère quant à elle passe son temps à se promener dans les centres commerciaux ou au marché au lieu d’accompagner ses enfants à la bibliothèque la plus proche, peu importe son niveau d’instruction, car ceci n’est pas et ne doit pas être un critère ni une excuse.

Il est même des familles qui décident de leur propre chef que l’année scolaire est finie et rentrent au pays avec leur progéniture avant la fin des cours et ne reviennent qu’après la rentrée scolaire d’une semaine ou deux.

Face au manque d’autorité et à l’absentéisme scolaire, la rue avec tous ses aléas et ses dangers devient l’espace naturel pour ces jeunes désœuvrés.

La voix des représentants des instances musulmanes est pratiquement inaudible sauf dans les occasions religieuses ou lorsqu’ils se disputent un poste ou une influence. Pire encore, Ils s’érigent en interlocuteur au nom d’une communauté qui ne les a même pas élus.

En résumé, ces jeunes dans leur majorité souffrent d’un mal identitaire. Ils sont des émigrés au pays des parents dont ils portent même la nationalité. Et dans le pays qui les a vu naître, ils sont perçus comme des immigrés.

Ces jeunes français en mal de repères se retrouvent coincés entre une famille démissionnaire, une société qui les rejette et un pays d’origine dont l’unique contribution est de leur délivrer un passeport.

La religion devient alors le seul refuge pour cette jeunesse. Certains réussissent et d’autres échouent.

Pour toutes ces raisons, la responsabilité de toutes les parties est engagée; cette réalité douloureuse n’est sûrement pas une fatalité. Grâce aux efforts de tous les acteurs à commencer par la famille, on peut élever une génération qui n’ait pas honte de sa spécificité religieuse et culturelle tout en s’attachant aux droits et aux devoirs que lui confère sa citoyenneté.