Et ce n’est pas tout. Mr Figoni entretient également le cimetière du village. Les tâches accomplies par ce maire lui ont permis d’économiser chaque année un montant de cinquante mille euros qui viennent renflouer les caisses de la commune, soit un total de deux cent mille euros épargnés. Mayor Figoni Mr Figoni a ainsi réussi à faire baisser les taxes locales acquittées par ses concitoyens. Le village Torlino Vimercati est devenu une des communes où les contribuables paient le moins d’impôts.

La fonction d’éboueur et de jardinier n’ont cependant pas empêché Mr Figoni d’occuper pleinement la fonction dont il a été investi. Celle du maire du village. Puisqu’il il a suffisamment de temps pour recevoir ses citoyens dans le bureau municipal et être à leur écoute et à leur service.

M. Figoni a récemment déclaré à la télévision publique italienne « ici, les habitants sont fiers de moi. Je suis toujours à leur service. Ils me voient tous les jours nettoyer les égouts, et balayer les rues du village.

Une affirmation confirmée par un villageois qui dit « Oui, c’est vrai. Il fait tout lui-même. Il est au service de tout le village ».

Et un autre habitant de renchérir : « Mr Figoni est un homme très intelligent. Tout le monde devrait avoir un maire comme lui pour sauver l’Italie ».

L'Italie, justement qui, comme beaucoup d'autres pays de la zone euro ploie sous une crise économique étouffante.

Le chômage y est endémique et frappe particulièrement les jeunes, dont beaucoup sont revenus vivre chez leurs parents car incapables de subvenir à leurs propres besoins s’ils optaient pour un logement indépendant.

La raison étant toute simple : soit ils sont sans emploi même avec un diplôme dans la poche ou disposent de revenus insuffisants.

En dépit de cette réalité économique difficile, laquelle est certainement bien meilleure que celle vécue par beaucoup de pays arabes, il est des politiciens qui ont conscience de la difficulté de la situation et tentent un tant soit peu, d’en limiter les répercussions.

Je ne pouvais m'empêcher de faire un parallèle entre l’initiative louable de ce maire et l’attitude de certains, si ce n’est la plupart des maires et députés dans le monde arabe.

Dans nos pays, de l'Atlantique au Golfe, le maire est si fier de son mandat acquis par des moyens qui sont au meilleur des cas, anti-démocratiques. Très souvent, il est membre du parti au pouvoir lui-même unique ou arrivé à la tête de l’exécutif par le biais de la fraude électorale.

Cet élu –là, après son accession au fauteuil du maire, ne voit ses électeurs qu’à l’occasion. En raison d’un emploi du temps très chargé nous dit-il, bien que nous ne sachions rien de cet emploi du temps.

Mr le maire chez nous, est bien loin des préoccupations et des besoins de ses concitoyens.

Des routes et des trottoirs défoncés? Eh bien soit !

Des ordures qui jonchent les rues ? Ce n’est pas si grave que ça !

La raison bien connue bien sûr, réside dans le fait que l'élu en question ne mesure pas la portée de la responsabilité jetée sur ses épaules par les électeurs qui l’ont choisi ou qui se sont résignés à l’idée de voir un maire parachuté par un parti au pouvoir comme cela est souvent le cas.

Dans le monde arabe, nous ne pouvons pas rêver de voir un maire à l’image de M. Figoni qui ne rechigne pas à faire l’éboueur et le jardinier dans le but d'économiser de l'argent et alléger le fardeau fiscal des citoyens.

Dans nos pays, c’est plutôt le contraire qui se passe: le citoyen croule sous les taxes mais il ne bénéficie aucunement des services censés être une contrepartie au paiement de ces impôts.

Enfin, cette réalité ô combien désolante, m’incite à me rappeler d’une anecdote ressassée par les Algériens à chaque rendez-vous électoral, histoire d’égayer un paysage politique morose et traduire un sentiment de lassitude et de désenchantement.

L’anecdote raconte l’histoire d’un maire qui briguait un second mandat. Un jour, il organise un rassemblement électoral et s’adresse à ses électeurs:

«Mes chers compatriotes, je suis dans l’obligation de vous faire une confidence. Au cours de ces cinq dernières années, je n'ai pas été à la hauteur de vos attentes. J’avoue que je n'ai rien fait pour vous et je n’ai pas été à votre écoute car j’étais occupé à servir mes propres intérêts et ceux de ma famille et de mes amis.

Mais si vous me plébiscitez pour un second mandat, je vous promets de vous écouter et de répondre à vos attentes parce que j'ai assez profité de mon premier mandat et j’ai obtenu tout ce que je voulais et plus encore.

Le second mandat vous sera donc réservé. Je peux vous l’assurer. En revanche, si vous voulez me punir et vous choisissez mon rival, eh bien il vous réservera le même sort que je vous ai réservé durant les cinq années passées. Et il partira sans vous n’ayez rien obtenu de lui.

Vous voilà avertis. A vous de voir et d’écouter la voix de la raison qui sommeille en vous ".

Voici comment le poste de responsabilité est perçu chez nous. C’est un moyen d’ascension sociale, un générateur de privilèges et non une vocation à servir les autres et un devoir à accomplir.

Il ne me reste enfin qu’à rendre un vibrant un hommage à M. Figoni et à toute personne qui fait honneur au poste qu’elle occupe et mesure la lourdeur de la responsabilité jetée sur ses épaules.